☕️ Depuis plusieurs semaines, les signaux d’alerte se multiplient autour du mal-être des adolescents en France. Dépression, isolement, comportements violents envers eux-mêmes ou envers les autres : ces symptômes prennent aujourd’hui une place centrale dans la conversation publique. Chaque drame impliquant un jeune semble relancer une mécanique bien connue — celle de la recherche rapide d’un responsable unique.
Très vite, l’opinion bascule dans un jeu de causalités simplistes. Une anecdote devient symbole, un établissement scolaire devient signe des temps. Et, régulièrement, les suspects sont les mêmes : écrans, algorithmes, influenceurs, information anxiogène. L’appel à une régulation immédiate suit presque mécaniquement. Quand le sage regarde la lune, le sot montre le doigt mouillé.
🧨 Au programme : xx mots pour xx de lecture. Johan
Chez Loopsider et Hupster, nous n’avons pas vocation à trancher en spécialistes du champ éducatif ou psychiatrique. Mais en tant que média profondément ancré dans les usages, notamment des jeunes, et parce que nous avons fait le choix d’aller à leur rencontre là où ils se trouvent — en ligne, sur leurs téléphones — nous avons tiré, en huit ans, un certain nombre d’observations utiles.
Il faut le dire clairement : les écrans posent des problèmes. Nous en avons déjà parlé à plusieurs reprises, ici ou là. Leur usage prolongé, sans accompagnement, constitue un enjeu de santé publique. Les effets des algorithmes opaques, la désinformation, la polarisation sont documentés. Mais ils ne surgissent pas dans un vide. Ils viennent s’ajouter à des fragilités structurelles préexistantes.
Le mal-être adolescent ne peut pas être réduit à une conséquence de TikTok ou de YouTube. Il s’enracine dans une réalité plus vaste : une crise éducative, sociale, écologique, existentielle. Qui a enfermé des générations d’élèves pendant la pandémie ? Qui a produit une école aussi anxiogène ? Est-ce un réseau social qui a rendu Parcoursup opaque et hyper angoissant ou creusé les inégalités scolaires ? Ce serait un contresens de croire qu’en désactivant un algorithme ou en restreignant l’accès à un écran, on résoudra une angoisse bien plus profonde.
De même, dire que « l’information est anxiogène » revient à confondre le message et la réalité. Ce n’est pas l’exposition à l’actualité qui rend les jeunes inquiets, c’est la lucidité sur un monde en crise — climatique, démocratique, sociale — et le sentiment que les adultes n’apportent pas de réponses crédibles ou cohérentes. Ce décalage, entre ce qu’ils perçoivent et ce qui leur est répondu, est un facteur central de leur désarroi. On ne réglera pas ce décalage en remplissant nos médias de bonnes nouvelles.
Ce constat n’exonère ni les plateformes ni les influenceurs de leur responsabilité. Mais il oblige à un élargissement du regard : si l’on veut répondre sérieusement à cette détresse, il faut traiter ses causes structurelles. Aujourd’hui, il manque plus de 3 000 psychologues scolaires. Un collégien sur deux n’a pas accès à une infirmière. Les délais d’attente pour un rendez-vous en centre médico-psycho-pédagogique peuvent dépasser six mois. Les maisons des adolescents, censées être des lieux d’écoute, ferment par manque de moyens. Dans le même temps, la pédopsychiatrie subit des pénuries de médicaments de première nécessité.
Et que dire des violences intrafamiliales ? 80 % des parents déclarent recourir aux violences éducatives ordinaires. Trois enfants par classe sont victimes de maltraitance, de violences sexuelles ou incestueuses. Des enfants protégés par l’Aide sociale à l’enfance se retrouvent trop souvent livrés à eux-mêmes, exposés à la prostitution ou à la rue. Je ne parle même pas de la toxicomanie, que l’Etat refuse depuis trop longtemps de traiter comme un problème, là encore, de santé publique. Des contrôles au faciès dont le nombre a explosé depuis 2016.
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