🔎 Hello, on vous raconte cette semaine comment la cartographie en temps réel peut nous aider à mieux gérer les impacts du réchauffement climatique.
👉 Où l’on apprend que Leonardo DiCaprio investit dans ces technologies.
🧨 Au programme de ce 19ème numéro : 1 343 mots pour 4 ½ minutes de lecture.
🗓️ NB : nous envoyons exceptionnellement cette édition un jeudi pour cause de mercredi férié.
Enjoy ! David.
👀 L’Apocalypse sera cartographiée
On connaît - malheureusement - notre futur climatique dans ses grandes lignes et ce qui nous attend n’est guère réjouissant. Prévoir va devenir la clé et il ne s’agit pas seulement de savoir le temps qu’il fera demain. La survie va passer par anticiper les risques climatiques, planifier notre adaptation et optimiser les ressources, et tout cela, on peut le faire avec la cartographie en temps réel.
On voit bien déjà l’importance prise par Google Maps par exemple dans nos vies avec son milliard d’utilisateurs actifs par mois. Jusqu’à présent, on l’utilisait pour atteindre notre destination le plus rapidement possible. Désormais, cet outil sera inévitable pour l’atteindre de la manière la plus sûre possible, pour quitter un endroit qui ne l’est pas, pour nous empêcher de nous déplacer parce qu’il y a un danger.
Évidemment, l’objectif ne peut pas se limiter à contourner temporairement les difficultés pour ceux qui le peuvent, surtout venant de la part d’une entreprise qui finance largement les politiques climatosceptiques.
Mais surtout, tous les développements liés à la cartographie vont bien au-delà, ils offrent des opportunités insoupçonnées en matière de lutte contre le réchauffement climatique et d’adaptations à ses effets, à la fois pour les particuliers et les entreprises. Et c’est même devenu un investissement très prisé, n’est-ce pas monsieur DiCaprio ?
Pour essayer de comprendre tous ces enjeux, nous avons parlé à deux start-up françaises spécialisées en matière de gestion des risques climatiques.
La première start-up, c’est l'assurtech Descartes Underwriting. Elle propose à des clients, privés ou publics, des solutions d’assurances paramétriques pour faire face à un grand nombre de risques climatiques existants et émergents. Elle a levé 120 millions d’euros et elle se développe à l’international.
La seconde, c’est Kermap, entreprise bretonne spécialisée dans le traitement de l'image satellite et la production d'informations géographiques à destination des collectivités françaises et des exploitations agricoles partout dans le monde. Elle aussi est en plein développement.
On a voulu savoir deux choses :
→ Comment elles se développent, ce qu’elles sont aujourd’hui capables de mettre en place, à quel marché elles s’adressent.
→ Ce que les outils comme la cartographie et les IA, disponibles en quasi-temps réel, peuvent faire pour nous aider à lutter contre l’inéluctable et du tout du moins, à vivre dans ce monde qui se dessine (qualité de l'air, pollen, exposition solaire, prévision des inondations, de la propagation des incendies de forêts, des pics de chaleur…).
Comment ça marche ?
Une voiture autonome en test aux États-Unis bourrée de capteurs LiDaR // © Getty Images
Pierre Lecointre (responsable R&D des risques naturels chez Descartes Underwriting) :
Nous nous appuyons sur de multiples technologies de cartographie : satellites (optiques et radars), LiDaR et radars au sol. Les développements qui attirent notre attention sont l’augmentation de l’offre d’images satellites ainsi que l’accroissement de leur qualité (meilleure résolution temporelle et spatiale) avec la démocratisation de la très haute résolution spatiale.
Yann Daoulas (responsable communication et marketing chez Kermap) :
Nous faisons de la cartographie à partir de photographies aériennes et d’images satellites. Nous travaillons essentiellement avec les images Sentinel du programme européen Copernicus.
Nous ajoutons à ça une expertise en télédétection afin de pouvoir interpréter les signaux captés par les satellites et en extraire des infos comme la température, la santé de la végétation, les mutations du sol. Et notre expertise en IA nous permet d’analyser de très grands territoires.
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On en fait quoi ?
Grâce à sa techno, Kermap est capable d’identifier les cultures sur chaque parcelle agricole en Europe presque en temps réel // © Kermap
Pierre Lecointre (Descartes Underwriting) :
Les outils de cartographie en temps réel sont devenus essentiels pour de nombreuses raisons telles l’optimisation des processus, le suivi des actifs ou la gestion des crises. Ces cartes en temps réel permettent de localiser les actifs, d’analyser les données spatiales comme outil d’aide à la décision et surveiller les situations de crise.
Dans l’exemple des catastrophes naturelles, leur suivi en temps réel permet aux entreprises d’anticiper les perturbations sur leurs actifs ce qui leur permet de minimiser leurs pertes.
Demain, les entreprises pourraient bénéficier de nombreux services et informations telles la cartographie 3D, l’intelligence artificielle dans l’analyse des données spatiales ou une meilleure précision spatiale ou temporelle des données, ceci afin de mieux prédire les tendances futures.
Yann Daoulas (Kermap) :
D’abord, nous avons mis en place des services pour les collectivités. Nous leur faisons un diagnostic sur la végétation, à travers une cartographie exhaustive de l’emprise végétale sur leur territoire, et notamment sur les espaces privées où elles n’avaient pas d’information jusqu’à présent.
On travaille sur les îlots de chaleur, on définit des zones climatiques locales. Elles sont le premier échelon pour comprendre les dynamiques climatiques à de petites échelles.
Ensuite, nous travaillons pour les exploitations agricoles. Nous pouvons identifier les cultures sur chaque parcelle dans toute l’Europe, tout au long de l’année, des informations qui intéressent les grands acteurs du secteur agro-industriels ou des coopératives agricoles, notamment pour la mise en œuvre de programmes ambitieux d’agriculture régénératrice.
Enfin, nous fournissons tous les mois aux ingénieurs et spécialistes de l’information géographique, une image exacte de la terre sans nuage à partir d’images satellites, pour leur permettre de lancer leurs processus d’intelligence artificielle sur des cartes homogènes.
Et ça suffit ?
Au Brésil, les images satellites sont utilisées pour suivre en direct l’évolution de la déforestation en Amazonie // © Getty Images
Pierre Lecointre (Descartes Underwriting) :
Même si la lutte contre le réchauffement climatique passe principalement par la réduction des émissions de gaz à effet de serre, la prévision demeure désormais cruciale. Elle joue un rôle clé afin notamment d’anticiper les risques climatiques, planifier notre adaptation et optimiser les ressources.
Le dérèglement climatique nous pousse à être sans cesse en mouvement car la survenue d’évènements de plus en plus extrêmes sera de plus en plus fréquente et incertaine, nous poussant ainsi à une adaptation constante.
Yann Daoulas (Kermap) :
Le temps réel devient un vrai besoin pour la gestion des flux et donc leurs conséquences sur la performance économique. Un exemple : des entreprises fournissent des services de décompte des automobiles garées sur des parkings de grande surface pour anticiper l’activité de ces entreprises.
Il y a une course à l’information la plus précoce pour avoir un temps d’avance. Les enjeux liés au changement climatique nécessitent des interventions très rapides et un suivi plus important.
Mais il ne s’agit pas seulement de prévoir. On peut aussi lutter contre la déforestation avec la détection de coupes illégales par exemple, pour préserver la biodiversité… La cartographie peut nous aider à faire autrement. On est dans une réelle tentative de limiter l’impact du changement climatique. Mais c’est encore sous estimé et sous exploité.
NB : n’hésitez pas à nous dire si ce format interview vous plaît en retour de mail. On réfléchira à vous le proposer plus souvent si c’est le cas. À mercredi - et non jeudi cette fois-ci - prochain !
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