đ Hello, on vous emmĂšne au cinĂ©ma cette semaine pour dĂ©crypter le succĂšs du film phĂ©nomĂšne Un pâtit truc en plus. Un succĂšs qui doit beaucoup Ă celui qui lâa Ă©crit, portĂ© et rĂ©alisĂ© : Artus.
đ€ OĂč lâon apprend quâil ne faut pas oublier de payer le Cours FlorentâŠ
đ§š Au programme : 1 426 mots pour 5 minutes de lecture. Enjoy ! David.
Il y a des succĂšs quâon qualifie Ă tort de surprises. Câest vrai, sur le coup, on ne les a pas vus venir. Mais quand on regarde leur genĂšse, ils paraissent finalement Ă©vidents. CâĂ©tait Ă©vident que ça allait fonctionner. Câest le cas dâArtus et son film Un pâtit truc en plus qui explose tous les compteurs et sâapproche des 10 millions de spectateurs (!!!). On va essayer de dĂ©crypter le plus grand succĂšs du cinĂ©ma français depuis le Covid et comprendre pourquoi il Ă©tait Ă©crit dâavance.
Il a de quoi avoir le sourire // @Getty
Parce quâil en a bavĂ© et quâil a su saisir sa chance
Les artistes qui auraient pu faire complĂštement autre chose de leur vie et en ĂȘtre trĂšs heureux, ont cette distance et ce recul qui leur permettent de savoir ce quâils veulent, et ce qui est vraiment important. Artus, de son vrai nom Victor-Artus Solaro, a donc commencĂ© trĂšs loin du monde du cinĂ©ma. Il grandit dans le sud de la France, dans lâHĂ©rault. Sâoriente vers un bac pro cuisine. Pour avoir un «vrai mĂ©tier» comme il le dit lui-mĂȘme. Il habite Montpellier, il fait du rugby. Il se fond dans le dĂ©cor en quelque sorte.
Le garçon a un truc en plus, un don. Il est drĂŽle. Alors quelques annĂ©es plus tard, il tente le Cours Florent. Et logiquement, ça ne se passe pas trĂšs bien. Une sorte de choc des cultures. Victor-Artus vient de province, il doit travailler Ă cĂŽtĂ© pour payer ses Ă©tudes. Se sent jugĂ©, mĂ©prisĂ©, pris pour un beauf⊠Et le jour oĂč on lui refuse lâentrĂ©e du Cours car il est en retard dâun jour pour le paiement de ses frais scolaritĂ©, il fait demi-tour et il ne reviendra pas.
Retour Ă Montpellier. Retour Ă la vraie vie ? Ses parents vont lui offrir lâopĂ©ration de la derniĂšre chance et une salle le temps du Off du festival dâAvignon Ă lâĂ©tĂ© 2011. Et ça marche : il est repĂ©rĂ© par une assistante de Laurent Ruquier, qui produit alors lâĂ©mission On ne demande quâĂ en rire, toujours Ă la recherche de nouveaux talents pour alimenter son usine Ă comiques.
Artus devient rapidement un des pensionnaires attitrĂ©s de lâĂ©mission. Lâambiance nâest pas toujours Ă la rigolade au sein de lâĂ©quipe oĂč il faut se battre pour exister et rester. Mais lui qui Ă©tait venu pour un essai y reste jusquâĂ la fin, en 2014. Il commence Ă faire comme ses petits camarades en montant sa premiĂšre tournĂ©e. Mais il va vite faire plus que ça.
Parce quâil a su persĂ©vĂ©rer
On a vite fait de se faire enfermer dans un registre. Celui dâArtus, câest le comique irrĂ©vĂ©rencieux, transgressif, un peu gras aussi. Câest fait exprĂšs. Lâhomme sait jouer de cette Ă©tiquette de beauf quâon lui a collĂ©e.
Mais comme de gras Ă lourd, il nây a quâun pas, alors Artus va essayer de ne pas le franchir. Au contraire, il va montrer toute la lĂ©gĂšretĂ© dont il peut faire preuve en participant Ă Danse avec les Stars, puis au Meilleur PĂątissier sur M6.
Nouveau contrepied avec le rĂŽle de Jonas Maury, analyste Ă la DGSE, dans Le Bureau des lĂ©gendes. Ce nâest pas le premier casting quâil passe pour un rĂŽle dans un registre non comique, mais câest le premier quâil rĂ©ussit. Et ça a Ă©tĂ© comme une Ă©vidence, on a lâimpression que le jeune premier a toujours Ă©tĂ© lĂ .
UN MOT DE NOTRE SPONSOR
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Parce quâil a su se crĂ©er une communautĂ©
Sauf quâĂ part pour des petits rĂŽles, le cinĂ©ma ne veut pas vraiment de lui. Il faut dire quâil essaie de leur vendre un projet trĂšs personnel : une histoire dâamitiĂ© avec des personnes porteuses de handicaps. Pourtant, il cartonne dĂ©jĂ avec cette thĂ©matique. Un de ses sketchs sur le handisport frĂŽle les 10 millions de vues sur YouTube. Et sur les rĂ©seaux sociaux, il incarne Sylvain, un personnage fĂ©tiche porteur de trisomie 21.
Chez les producteurs, ils sont nombreux Ă lui dire que ça ne fonctionnera pas, que le public nâa pas envie de voir des handicapĂ©s Ă lâĂ©cran, quâil nâa pas envie dâaller au cinĂ©ma pour ĂȘtre mal Ă lâaise. Câest que le succĂšs du HuitiĂšme Jour remonte Ă prĂšs de 30 ans. Et que Champions, un film espagnol hilarant sur fond de basket, nâa pas rĂ©ussi Ă faire venir plus de 100 000 spectateurs dans les salles en France en 2018.
La bande qui a vraiment un p'tit truc en plus // @DR
Ă force, il va finir par trouver les financements nĂ©cessaires. Et mĂȘme sâil doit faire son premier film avec un budget rĂ©duit, ce nâest pas pour lui dĂ©plaire. Câest moins de pression et plus de satisfaction Ă la fin si ça marche.
Face Ă des Dune ou des Mad Max, il ne peut guĂšre compter que sur le bouche-Ă -oreilles. Et lĂ , le meilleur moyen reste dâorganiser des avant-premiĂšres dans un maximum dâendroits dans toute la France. Et câest un carton. Les salles sont pleines et rien quâavec les avant-premiĂšres, Un pâtit truc en plus fait dĂ©jĂ des meilleurs scores que des films en fin dâexploitation.
Son meilleur tout pour parler du film : ses comĂ©diens et lui. Parce quâil se dĂ©gage de cette bande une vraie sincĂ©ritĂ© qui emporte presque tout sur son passage. Le sens de la rĂ©partie et de la vanne dâArtus fera le reste. Et que tout ça sâest mis petit Ă petit au service dâun plan de comâ, sĂ»rement pas prĂ©vu comme ça mais aujourdâhui inarrĂȘtable : le film qui rĂ©ussit «sans passer par Paris».
Parce quâil maĂźtrise sa comâ
Lors de ses interviews, Artus a lâhabitude de ne rien cacher et de parler cash. Alors quand il raconte des anecdotes de tournage ou les difficultĂ©s rencontrĂ©es pour monter le film, tous les mĂ©dias sont friands. Et il rĂ©ussit mĂȘme Ă raconter un peu partout les mĂȘmes choses sans jamais lasser. Parce quâil rajoute souvent un petit truc en plus.
On vous a fait un top 3 des stories qui ont eu le plus dâimpact, selon notre baromĂštre personnel.
Sur le choix des comĂ©diens porteurs de handicap : « Jâavais la base du scĂ©nario, mais je ne pouvais pas aller plus loin tant que le casting nâĂ©tait pas bouclĂ©. Je ne voulais pas de comĂ©diens, je ne voulais pas quâils jouent, je voulais quâon soit dans le vrai et que lâĂ©criture soit au plus prĂšs dâeux : Arnaud est vraiment fan de Dalida, Boris se balade vraiment dĂ©guisĂ© et ce sont ses costumes - je lâaurais inventĂ©, on mâaurait dit que câĂ©tait trop⊠C'est aussi une façon de me protĂ©ger des critiques. »
Sur la montĂ©e des marches Ă Cannes « Aucune marque de luxe n'a prĂȘtĂ© de tenue de soirĂ©e Ă l'Ă©quipe pour cette montĂ©e des marches. "Je ne comprends pas pourquoi.â »
Sur le choix du sujet : « C'est un sujet que j'ai toujours traitĂ© parce qu'il a toujours Ă©tĂ© tabou. Pour moi, c'est important d'en parler. Le jour oĂč ça ne sera plus tabou, on aura passĂ© un cap. »
Cette derniĂšre sortie montre bien quâArtus est lucide sur la portĂ©e du succĂšs de son film. Et sur la possibilitĂ© que ce coup de projecteur ne soit quâĂ©phĂ©mĂšre, une maniĂšre pour les spectateurs de se donner bonne conscience avant de passer Ă autre chose. Il n'a pas non plus Ă©chappĂ© aux critiques dâassociations dâaide aux personnes handicapĂ©es qui lui reprochent de dĂ©crire un monde idyllique. Ăa montre aussi Ă quel point on part de loin.
Artus lui, pensait faire son film, le seul. DĂ©sormais, sâil le souhaite, il pourra en faire un deuxiĂšme.
UN MOT DE NOTRE CHAĂNE YOUTUBE
Cette semaine sur notre chaĂźne YouTube, on vous dresse le portrait dâune crĂ©atrice pas comme les autres : Shonda Rhimes, la reine des sĂ©ries amĂ©ricaines. Greyâs Anatomy, La Chronique des Bridgerton, Scandal, cette showrunneuse boulimique a créé des mastodontes. On vous raconte son histoire.
Câest Ă retrouver sur la chaĂźne YouTube dâHupster. Pour sâabonner, câest ici.
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