👉 Et pourquoi ça réussit là où Twitter se plante...
On ne compte plus les entreprises qui annoncent qu’elles vont être rentables mais ne le sont jamais. Mais s’il y a bien une boîte que j’ai envie de croire quand elle l’annonce, c’est Telegram. C’est son fondateur emblématique, Pavel Durov, qui a annoncé la bonne nouvelle au Financial Times. Ça n’a l’air de rien, mais si c’est exact, c’est le symbole qu’à la différence d’un Twitter/X avec ses déboires infinis, ça peut payer de tenir une ligne, d’avoir construit une image qui rend possible tous les développements.
Au-delà de la personnalité fantasque et médiatique de son fondateur, on peut se demander pourquoi ce réseau social réussit là où d’autres patinent ou oublient leur raison d’être initiale.
On va tenter de comprendre ça en trois questions.
Telegram est né d’un traumatisme, celui de son fondateur, Pavel Durov. C’est sa revanche personnelle et il y tient plus que tout. Parce que, oui, ce n'est pas le premier réseau social créé par ce trentenaire russe. En 2006, il lance VKontakte, ou VK, qui devient vite le réseau le plus populaire de Russie. Au point de gêner Poutine six plus tard, lors des grandes manifestations contre le président.
Pavel n'aime pas que les messageries chiffrées, il aime aussi les shooting dans sa piscine à Dubai // © Pavel Durov
Le pouvoir en place lui demande de fermer les groupes qui utilisent VK pour organiser ces marches de protestation. Pavel Durov refuse. Il devient un héros, gagne une image de défenseur des libertés mais deux ans plus tard, il est victime d’un coup d’état capitalistique de proches de Poutine. Dernier coup d’éclat ? Il refuse de donner les noms des leaders de la protestation ukrainienne de 2013 contre la Russie et il quitte le pays avec son frère.
Tous les deux deviennent très discrets, et depuis l’étranger, ils lancent un nouveau service de messagerie instantanée : Il s’appellera Telegram. Son atout : un système de chiffrement qui garantit la sécurité des échanges de ses utilisateurs. Son fonctionnement est simple et il répond à un besoin identifié : communiquer en toute sécurité.
Ce besoin, Pavel Durov l’avait compris en voyant que les utilisateurs de Facebook utilisaient davantage Messenger que leur page d’accueil et que ces mêmes utilisateurs se plaignaient des intrusions dans leur vie privée au sein de leur messagerie.
Comme l'entrepreneur est désormais très prudent vis-à-vis des investisseurs, afin de pouvoir garder le contrôle de son nouveau jouet, il va le financer durant les premières années grâce au pactole qu’il a réussi à emmener de Russie avec lui.
Toute cette histoire n’est pas que du storytelling, cela participe de la raison d’être de la messagerie : elle est considérée comme un refuge. Et elle va très vite attirer des millions d’utilisateurs.
En dix ans, elle va se faire une place à part, à l’image de son libertarien de fondateur : poser les bases d’un modèle économique diversifié. Et elle va garder le contrôle absolu de son devenir. Notamment en ne travaillant qu’avec une petite garde rapprochée, acquise à la cause, dont certains l’ont suivi depuis la Russie. Telegram n’est qu’une tout petite PME à l’échelle de la Big Tech. Et pourtant, elle fait mieux que tant d’autres.
Nikolai, l'autre Durov (avec moins de biscottos) // © Getty
Très bien, merci pour lui. La messagerie possède de 900 millions d’utilisateurs à travers le monde. Et elle est en position de force. Sa valeur de refuge lui confère un statut intouchable. Même en Russie. Après avoir fermé le service parce que Pavel Durov refusait de donner aux autorités russes l’accès à ses utilisateurs, le Kremlin a fini par lever l’interdiction. La raison: l’architecture technologique fait que le blocage est facile à contourner. Ça ne sert à rien de l’interdire.
Le revers de la médaille est que Telegram, avec son absence de modération, est aussi un refuge pour les personnes mal intentionnées. Ou un outil de désinformation particulièrement efficace, comme on l’a vu durant le conflit entre la Russie et l’Ukraine.
Mais pour Durov, protéger la vie privée des utilisateurs de Telegram est au-dessus de toutes les autres considérations.
Au bout de dix ans, Telegram va donc être rentable. Pavel Durov annonce gagner des centaines des millions de dollars. Et refuse toujours de lever des fonds alors que la société est valorisée plus de 30 milliards de dollars. Mais qu’a-t-il fait pour ça ?
Il a lancé un abonnement premium il y a deux ans. Énorme succès puisqu’il avait déjà dépassé le million d’abonnés en quelques mois.
Il a proposé de mettre de la publicité, pas partout mais sur certains channels uniquement.
La vente de noms d’utilisateurs par la blockchain.
Il vient d’annoncer avoir souscrit pour 330 millions de dollars d’obligations remboursables au plus tard en 2026.
Rien de révolutionnaire, mais ça marche. Et la suite s’annonce du même ordre
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La prochaine étape sera normalement une introduction à la bourse de New York. Pour cela, Telegram attend d’être rentable, histoire de maximiser le prix de ses actions. Cela semble être le moyen idéal pour garder la main sur les destinées de l’entreprise tout en augmentant ses fonds propres. Même si ça sera moins que la valorisation de 30 milliards $ qu’auraient promis des investisseurs internationaux pour entrer au capital de l’entreprise.
Pavel Durov préfère continuer le chemin tel qu’il l’entend. Et il a annoncé plusieurs nouveautés pour renforcer son modèle économique :
Il veut mettre en place un partage des revenus publicitaires avec les propriétaires de channels. C’est sa manière de se faire pardonner d’avoir introduit la publicité dans son modèle alors qu’il avait toujours dit être contre.
Il veut revoir ses offres publicitaires pour que même celui qui n’a qu’un dollar à investir puisse le faire.
Il va se lancer aussi dans les chatbots pilotés par intelligence artificielle à destination des sociétés pour gérer leurs relations avec les clients.
Il compte aussi sur l’IA pour parvenir à améliorer la modération qui reste le point noir de la messagerie, et la principale critique à son encontre.
Ce qui est intéressant, c’est que Telegram s’est lancé face à des WhatsApp ou des Viber, au moment où l’horizon des messageries paraissait bouché. Son approche stratégique et ses recettes n’ont rien de révolutionnaires, et pourtant, elle semble être sur une dynamique inarrêtable. Au contraire d’un ex-Twitter qui paraît englué dans son passé, alors que, ironie du sort, les deux entreprises peuvent appliquer le même genre de recettes. Quand l’image et la continuité qui fait tout.
Nous avions publié une vidéo entièrement dédiée à Pavel Durov sur notre chaîne YouTube. Pour en apprendre plus sur la vie d’un des plus grands fondateurs de la planète tech, mais qui - en plus d’être un anti-Poutine revendiqué - reste encore aujourd’hui un mystère aux yeux du grand public, c’est ici.
Et si cela vous plait, n’hésitez pas à vous abonner, on s’approche des 5 000 abonnés alors merci d’avance et à très vite sur la chaine !
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