đ Hello, on vous raconte cette semaine lâhistoire de Telegram et on essaye de comprendre pourquoi la messagerie rĂ©ussit tout ce quâelle entreprend.
â OĂč lâon apprend que Telegram refuse toute levĂ©e de fonds.
đ§š Au programme : 1 041 mots pour 3 minutes de lecture.
Enjoy ! David.
On ne compte plus les entreprises qui annoncent quâelles vont ĂȘtre rentables mais ne le sont jamais. Mais sâil y a bien une boĂźte que jâai envie de croire quand elle lâannonce, câest Telegram. Câest son fondateur emblĂ©matique, Pavel Durov, qui a annoncĂ© la bonne nouvelle au Financial Times. Ăa nâa lâair de rien, mais si câest exact, câest le symbole quâĂ la diffĂ©rence dâun Twitter/X avec ses dĂ©boires infinis, ça peut payer de tenir une ligne, dâavoir construit une image qui rend possible tous les dĂ©veloppements.
Au-delĂ de la personnalitĂ© fantasque et mĂ©diatique de son fondateur, on peut se demander pourquoi ce rĂ©seau social rĂ©ussit lĂ oĂč dâautres patinent ou oublient leur raison dâĂȘtre initiale.
On va tenter de comprendre ça en trois questions.
DâoĂč vient Telegram ?
Telegram est nĂ© dâun traumatisme, celui de son fondateur, Pavel Durov. Câest sa revanche personnelle et il y tient plus que tout. Parce que, oui, ce n'est pas le premier rĂ©seau social créé par ce trentenaire russe. En 2006, il lance VKontakte, ou VK, qui devient vite le rĂ©seau le plus populaire de Russie. Au point de gĂȘner Poutine six plus tard, lors des grandes manifestations contre le prĂ©sident.
Pavel n'aime pas que les messageries chiffrées, il aime aussi les shooting dans sa piscine à Dubai // © Pavel Durov
Le pouvoir en place lui demande de fermer les groupes qui utilisent VK pour organiser ces marches de protestation. Pavel Durov refuse. Il devient un hĂ©ros, gagne une image de dĂ©fenseur des libertĂ©s mais deux ans plus tard, il est victime dâun coup dâĂ©tat capitalistique de proches de Poutine. Dernier coup dâĂ©clat ? Il refuse de donner les noms des leaders de la protestation ukrainienne de 2013 contre la Russie et il quitte le pays avec son frĂšre.
Tous les deux deviennent trĂšs discrets, et depuis lâĂ©tranger, ils lancent un nouveau service de messagerie instantanĂ©e : Il sâappellera Telegram. Son atout : un systĂšme de chiffrement qui garantit la sĂ©curitĂ© des Ă©changes de ses utilisateurs. Son fonctionnement est simple et il rĂ©pond Ă un besoin identifiĂ© : communiquer en toute sĂ©curitĂ©.
Ce besoin, Pavel Durov lâavait compris en voyant que les utilisateurs de Facebook utilisaient davantage Messenger que leur page dâaccueil et que ces mĂȘmes utilisateurs se plaignaient des intrusions dans leur vie privĂ©e au sein de leur messagerie.
Comme l'entrepreneur est dĂ©sormais trĂšs prudent vis-Ă -vis des investisseurs, afin de pouvoir garder le contrĂŽle de son nouveau jouet, il va le financer durant les premiĂšres annĂ©es grĂące au pactole quâil a rĂ©ussi Ă emmener de Russie avec lui.
Toute cette histoire nâest pas que du storytelling, cela participe de la raison dâĂȘtre de la messagerie : elle est considĂ©rĂ©e comme un refuge. Et elle va trĂšs vite attirer des millions dâutilisateurs.
En dix ans, elle va se faire une place Ă part, Ă lâimage de son libertarien de fondateur : poser les bases dâun modĂšle Ă©conomique diversifiĂ©. Et elle va garder le contrĂŽle absolu de son devenir. Notamment en ne travaillant quâavec une petite garde rapprochĂ©e, acquise Ă la cause, dont certains lâont suivi depuis la Russie. Telegram nâest quâune tout petite PME Ă lâĂ©chelle de la Big Tech. Et pourtant, elle fait mieux que tant dâautres.
Nikolai, l'autre Durov (avec moins de biscottos) // © Getty
Comment va Telegram ?
TrĂšs bien, merci pour lui. La messagerie possĂšde de 900 millions dâutilisateurs Ă travers le monde. Et elle est en position de force. Sa valeur de refuge lui confĂšre un statut intouchable. MĂȘme en Russie. AprĂšs avoir fermĂ© le service parce que Pavel Durov refusait de donner aux autoritĂ©s russes lâaccĂšs Ă ses utilisateurs, le Kremlin a fini par lever lâinterdiction. La raison: lâarchitecture technologique fait que le blocage est facile Ă contourner. Ăa ne sert Ă rien de lâinterdire.
Le revers de la mĂ©daille est que Telegram, avec son absence de modĂ©ration, est aussi un refuge pour les personnes mal intentionnĂ©es. Ou un outil de dĂ©sinformation particuliĂšrement efficace, comme on lâa vu durant le conflit entre la Russie et lâUkraine.
Mais pour Durov, protéger la vie privée des utilisateurs de Telegram est au-dessus de toutes les autres considérations.
Au bout de dix ans, Telegram va donc ĂȘtre rentable. Pavel Durov annonce gagner des centaines des millions de dollars. Et refuse toujours de lever des fonds alors que la sociĂ©tĂ© est valorisĂ©e plus de 30 milliards de dollars. Mais quâa-t-il fait pour ça ?
Il a lancĂ© un abonnement premium il y a deux ans. Ănorme succĂšs puisquâil avait dĂ©jĂ dĂ©passĂ© le million dâabonnĂ©s en quelques mois.
Il a proposé de mettre de la publicité, pas partout mais sur certains channels uniquement.
La vente de noms dâutilisateurs par la blockchain.
Il vient dâannoncer avoir souscrit pour 330 millions de dollars dâobligations remboursables au plus tard en 2026.
Rien de rĂ©volutionnaire, mais ça marche. Et la suite sâannonce du mĂȘme ordre
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OĂč va Telegram ?
La prochaine Ă©tape sera normalement une introduction Ă la bourse de New York. Pour cela, Telegram attend dâĂȘtre rentable, histoire de maximiser le prix de ses actions. Cela semble ĂȘtre le moyen idĂ©al pour garder la main sur les destinĂ©es de lâentreprise tout en augmentant ses fonds propres. MĂȘme si ça sera moins que la valorisation de 30 milliards $ quâauraient promis des investisseurs internationaux pour entrer au capital de lâentreprise.
Pavel Durov prĂ©fĂšre continuer le chemin tel quâil lâentend. Et il a annoncĂ© plusieurs nouveautĂ©s pour renforcer son modĂšle Ă©conomique :
Il veut mettre en place un partage des revenus publicitaires avec les propriĂ©taires de channels. Câest sa maniĂšre de se faire pardonner dâavoir introduit la publicitĂ© dans son modĂšle alors quâil avait toujours dit ĂȘtre contre.
Il veut revoir ses offres publicitaires pour que mĂȘme celui qui nâa quâun dollar Ă investir puisse le faire.
Il va se lancer aussi dans les chatbots pilotés par intelligence artificielle à destination des sociétés pour gérer leurs relations avec les clients.
Il compte aussi sur lâIA pour parvenir Ă amĂ©liorer la modĂ©ration qui reste le point noir de la messagerie, et la principale critique Ă son encontre.
Ce qui est intĂ©ressant, câest que Telegram sâest lancĂ© face Ă des WhatsApp ou des Viber, au moment oĂč lâhorizon des messageries paraissait bouchĂ©. Son approche stratĂ©gique et ses recettes nâont rien de rĂ©volutionnaires, et pourtant, elle semble ĂȘtre sur une dynamique inarrĂȘtable. Au contraire dâun ex-Twitter qui paraĂźt engluĂ© dans son passĂ©, alors que, ironie du sort, les deux entreprises peuvent appliquer le mĂȘme genre de recettes. Quand lâimage et la continuitĂ© qui fait tout.
UN MOT DE NOTRE CHAĂNE YOUTUBE
Nous avions publiĂ© une vidĂ©o entiĂšrement dĂ©diĂ©e Ă Pavel Durov sur notre chaĂźne YouTube. Pour en apprendre plus sur la vie dâun des plus grands fondateurs de la planĂšte tech, mais qui - en plus dâĂȘtre un anti-Poutine revendiquĂ© - reste encore aujourdâhui un mystĂšre aux yeux du grand public, câest ici.
Et si cela vous plait, nâhĂ©sitez pas Ă vous abonner, on sâapproche des 5 000 abonnĂ©s alors merci dâavance et Ă trĂšs vite sur la chaine !
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