âïž Hello, on va parler biotech aujourdâhui et dâune start-up qui a su faire de sa faiblesse une force mais qui est redevenue sa faiblesse. En effet, la jeune histoire de Moderna est assez inĂ©dite dans notre histoire rĂ©cente. Une saga en forme de montagnes russes dont on ne sait jamais quel virage Ă 180° elle va prendre..
đ Actuellement, câest plutĂŽt le creux de la vague avec le retour de Trump au pouvoir et la nomination dâun antivax Ă la tĂȘte du systĂšme de santĂ© amĂ©ricain. Mais comme rien nâest normal dans cette histoire, tout reste possible. Ăa valait le coup de la raconter.
đ§š Au programme : 1 684 mots pour 8â27 de lecture. Enjoy ! David.
2010 : Naissance dâun pari improbable
Par un mois terne de fĂ©vrier 2010, Derrick Rossi, professeur adjoint Ă la Harvard Medical School, Ă©crit un article remarquĂ© sur une technique permettant de modifier et fabriquer sans risque des cellules souches embryonnaires grĂące Ă lâARN messager.
Tout ceci vient aux oreilles de Timothy Springer, Ă©galement professeur Ă la Harvard Medical School et entrepreneur en biotechnologie, et de Robert Langer, inventeur prolifique et professeur de gĂ©nie biomĂ©dical au Massachusetts Institute of Technology. Langer comprend que Rossi a dĂ©couvert quelque chose de bien plus important qu'une nouvelle maniĂšre de crĂ©er des cellules souches: une mĂ©thode pour reprogrammer les cellules humaines Ă lâaide dâARN messager modifiĂ© et ainsi lutter contre de nombreuses maladies. Le concept est thĂ©orique mais potentiellement rĂ©volutionnaire.
Ă cette Ă©poque, peu de monde prend cette voie au sĂ©rieux. Mais un investisseur de Boston, Noubar Afeyan, Ă la tĂȘte de dizaines de startups biotechnologiques, y voit un futur marchĂ© colossal. Il convainc lâentrepreneur StĂ©phane Bancel, ancien PDG de bioMĂ©rieux, de diriger une startup fondĂ©e autour de cette technologie avec Langer et Rossi. Elle portera le nom de Moderna, contraction de « modifiĂ© » et « ARN ».
DĂšs le dĂ©part, Moderna ne fonctionne pas comme une biotech classique. Elle attire des millions de dollars de capital-risque avant mĂȘme dâavoir produit un seul traitement. Bancel, ingĂ©nieur de formation, impose une culture du secret quasi paranoĂŻaque. Les chercheurs travaillent en silo, parfois sans savoir sur quoi travaillent leurs collĂšgues. Moderna refuse de publier ses recherches dans les revues scientifiques, prĂ©fĂ©rant les brevets et les accords de confidentialitĂ©.
2015 : Des levées de fonds à base de rien
La maniĂšre de faire de Moderna est du genre Ă inquiĂ©ter les observateurs, mais du genre Ă intriguer les investisseurs. RĂ©sultat, entre 2015 et 2018, Moderna lĂšve plus dâun milliard de dollars, une somme sans prĂ©cĂ©dent pour une entreprise sans produit sur le marchĂ©. Son discours repose sur une promesse : lâARNm peut transformer la mĂ©decine, en permettant Ă nos cellules de produire elles-mĂȘmes les protĂ©ines thĂ©rapeutiques dont elles ont besoin.
Trois ans plus tard, Moderna entre en bourse au Nasdaq. Lâintroduction est la plus importante jamais rĂ©alisĂ©e pour une biotech, levant 604 millions de dollars. Pourtant, Ă ce moment-lĂ , Moderna nâa aucune thĂ©rapie approuvĂ©e, et plusieurs projets sont dĂ©jĂ en Ă©chec ou mis en pause. Des chercheurs qui ont quittĂ© lâentreprise parlent de conditions de travail toxiques et dâobjectifs irrĂ©alistes.
Mais Bancel reste convaincu : les Ă©checs ne sont pas structurels, mais des ajustements nĂ©cessaires dans une technologie en rodage. Lâavenir leur donnera-t-il raison ? En 2019, Moderna enregistre encore des pertes supĂ©rieures Ă 500 millions de dollars. Lâaction stagne.
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