đ Hello, on vous emmĂšne tout lâĂ©tĂ© aux frontiĂšres de lâintelligence artificielle. Quatre personnalitĂ©s racontent leurs expĂ©riences, leurs craintes, leurs espoirs avec cette rupture technologique dont on peine encore Ă mesurer lâimpact. Aujourdâhui, Laure Abensur Vuillaume, praticienne hospitaliĂšre Ă lâorigine dâun projet dâIA qui pourrait ĂȘtre trĂšs utile aux rĂ©gulateurs du Samu.
đ„ OĂč lâon apprend que lâIA est une championne pour dĂ©celer des fractures.
đ§š Au programme : 1 542 mots pour 5 minutes de lecture. Enjoy ! David.
Laure Abensur Vuillaume est praticienne hospitaliĂšre en mĂ©decine dâurgence au CHR de Metz-Thionville. Elle partage son temps entre une activitĂ© clinique aux urgences du Samu et une activitĂ© non-clinique centrĂ©e sur la recherche et lâenseignement. Et câest lĂ quâelle travaille sur des projets Ă vocation technologique. Et notamment le dĂ©veloppement dâune IA pour aider les rĂ©gulateurs du Samu Ă prendre la meilleure dĂ©cision.
Elle nous raconte son aventure et sa vision du rĂŽle que joue et pourrait jouer lâIA en matiĂšre de santĂ©âŠ
Laure a une passion : lâIA et un mĂ©tier : la mĂ©decine. Son goal ultime : allier les deux.
Est-ce que vous vous souvenez d'une rencontre personnelle avec la technologie ?
Ce nâĂ©tait pas une rencontre avec une IA, mais avec l'idĂ©e que la technologie peut changer nos vies. Ma grande tante m'avait achetĂ© une sĂ©rie de dessins animĂ©s en cassette vidĂ©o, « Ordy », oĂč lâhĂ©roĂŻne Ă©tait un ordinateur qui avait la forme d'un petit personnage. Elle expliquait le fonctionnement des technologies et se projetait dans le futur en emmenant des enfants avec elle. Ăa a bercĂ© mon enfance. Jâai surtout Ă©tĂ© connectĂ©e trĂšs rapidement, mes parents avaient des ordinateurs et jâai commencĂ© Ă toucher Ă tout ça trĂšs tĂŽt. Ăa fait partie de ma culture.
Et cette technologie, vous en avez fait quoi dans votre métier ?
Dans les projets de recherche que je mĂšne, nous avons dĂ©crochĂ© un appel Ă projet clinique interrĂ©gional sur un projet de dĂ©veloppement d'un algorithme pour aider Ă la prise de dĂ©cision au niveau du «premier dĂ©croché» du Samu. Au moment de ce premier dĂ©crochĂ©, lâassistant de rĂ©gulation mĂ©dicale a 30 secondes pour orienter le patient vers une aide mĂ©dicale urgente, donc un mĂ©decin rĂ©gulateur urgentiste, ou vers de la permanence de soins, donc un mĂ©decin rĂ©gulateur gĂ©nĂ©raliste. Il a 30 secondes pour se dire si c'est grave ou pas grave.
Les consĂ©quences sont multiples. Pour le patient qui se retrouve dans la « mauvaise » filiĂšre, le cheminement du diagnostic du mĂ©decin ne va pas ĂȘtre le mĂȘme. Et il y a des biais cognitifs qui font que le patient va rester dans la mauvaise case, indĂ©pendamment de la rĂ©alitĂ© de son cas.
Dans la prise de dĂ©cision, il y a une part dâintelligence intuitive qui nâest pas la mĂȘme chez tout le monde, et qui varie en fonction de lâexpĂ©rience, de la fatigue, du stress, de la charge de travail⊠Câest cette intelligence qui permet de prendre une dĂ©cision pour orienter des cas qui ne cochent pas toutes les cases.
Donc nous sommes en train de dĂ©velopper une IA qui va prendre en compte lâenvironnement sonore, le son des voix, les bruits en plus de la nature des Ă©changes, des questions afin de sĂ©curiser les prises de dĂ©cisions, en rationalisant tout ça. LâidĂ©e câest que tout ça prenne la forme dâune alerte rouge qui indique au rĂ©gulateur quâil fait face Ă une situation plus grave quâil ne le pense ; lâidĂ©e est de sĂ©curiser la dĂ©cision, et donc les soins du patient.
Et cette IA saura expliquer Ă lâutilisateur pourquoi elle donne cette dĂ©cision. Cela fait partie des points essentiels dans lâIA en mĂ©decine.
Vous ĂȘtes combien Ă travailler lĂ -dessus ?
J'ai rĂ©digĂ© le projet, je suis allĂ©e chercher les partenaires, jâai constituĂ© une Ă©quipe, câest moi qui le coordonne et qui le manage, avec le soutien de la plateforme de recherche clinique du CHR Metz-Thionville. Je travaille notamment avec un industriel, DataStorm, qui gĂšre la base de donnĂ©es massive et sa sĂ©curisation, nous sommes sur des donnĂ©es sensibles, et avec le laboratoire iCube Ă Strasbourg, laboratoire qui travaille sur lâIA vocale qui va produire lâanalyse des voix et des sons.
Là , nous sommes en train de déposer tous les dossiers auprÚs de la Cnil pour mener une étude rétrospective à partir des dossiers de 300.000 patients. Ensuite, nous ferons une étude en situation réelle avec une cohorte de 500 patients pour voir si ça marche en termes de performance diagnostique et pour comprendre les freins, et notamment les freins utilisateurs. Et seulement là , on entrera dans une phase de validation des dispositifs médicaux. Nous sommes sur un calendrier sur trois à cinq ans pour obtenir des résultats publiables.
UN MOT DE NOTRE SPONSOR
Sherpai, le guide IA pour atteindre les sommets des rĂ©seaux sociaux. Toutes vos donnĂ©es issues des rĂ©seaux sociaux au mĂȘme endroit. Lâintelligence artificielle pour les interprĂ©ter.
Il sâagit dâutiliser des donnĂ©es qui sont disponibles mais pas du tout exploitĂ©esâŠ
Oui et il y a beaucoup de donnĂ©es qui pourraient l'ĂȘtre grĂące Ă lâIA. Je pense notamment aux projets portĂ©s avec le Health Data Hub. LâidĂ©e, ça serait des entrepĂŽts avec des donnĂ©es de santĂ© auxquelles pourraient avoir accĂšs des chercheurs pour faire des Ă©tudes sur des volumes importants. Parce qu'aujourd'hui quand on fait une Ă©tude mĂȘme rĂ©trospective, on est content dâavoir des cohortes de 1500 patients. Alors que lĂ , on pourrait avoir 20 000 patients. En termes de puissance statistique et d'analyse de donnĂ©es, on serait sur un niveau supĂ©rieur. Ces projets sont en plein dĂ©veloppement. Nous ne sommes quâau dĂ©but.
Comment lâIA est utilisĂ©e concrĂštement en santĂ© aujourdâhui ?
Il y a une application qui est validĂ©e et utilisĂ©e par les praticiens, câest l'interprĂ©tation automatique des actes de radiologie. Par exemple, il est 4 heures du matin, je fais une radio Ă quelqu'un, jâai un doute sur lâexistence dâune fracture, et bien lâIA va me dire câest le cas et câest Ă tel endroit. Ăa vient sĂ©curiser les dĂ©cisions.
Câest pratique et il y a une bonne adhĂ©sion du corps mĂ©dical parce qu'il y a assez de publications scientifiques qui viennent Ă©tayer ça. On sait que le couple mĂ©decin et IA est plus fort que le mĂ©decin seul en radiologie. Il existe aussi des recherches en cours pour mieux dĂ©tecter des anomalies, notamment le cancer du sein. Certaines IA qui tournent aujourd'hui donnent de meilleurs diagnostics que le radiologue seul. En fait, les deux associĂ©s donnent de meilleurs rĂ©sultats.
Et demain on peut se projeter dans quoi ?
Il y a beaucoup de projets mais qui nâont pas encore fait totalement leurs preuves. Notamment pour simplifier le quotidien de la pratique mĂ©dicale: gĂ©nĂ©ration automatique de courriers, prise de notes, prĂ©paration de la consultation. Lâobjectif est de libĂ©rer du temps mĂ©dical. Pour cela, il faudra aussi Ă©duquer les patients pour quâils sachent prendre en charge leur propre santĂ© avec ces outils. Aujourdâhui, je pense quâils ne sont pas vraiment prĂȘts.
Et aprĂšs, il y a Ă©galement des essais en cours sur les technologies de prise de constantes sans contact. Nous avons nous-mĂȘmes un projet sur la prise de saturation, avec un autre laboratoire de lâĂ©cosystĂšme mosellan. Et je sais que des entreprises ont travaillĂ© sur la frĂ©quence cardiaque ou respiratoire.
Je le redis, il ne faut pas nĂ©gliger la puissance statistique permise par les IA. En les faisant travailler sur des cohortes trĂšs importantes, elles pourraient nous faire ressortir des Ă©lĂ©ments qui ont pu nous Ă©chapper jusquâĂ prĂ©sent, comme des facteurs Ă risques pour des maladies auto-immunes par exemple.
La France est Ă la traĂźne ou en avance ?
On est Ă la traĂźne, il existe beaucoup dâinitiatives mais on a un manque d'adhĂ©sion et de confiance. Si on regarde la Chine par exemple, on est trĂšs trĂšs en retard. Globalement, les Français sont frileux, avec une peur que la machine « domine le monde »⊠Je pense que les mĂ©dias et les films y sont pour beaucoup.
On a mis en place des financements rĂ©gionaux et nationaux sur les recherches innovantes et les nouvelles technologies, mais ça reste encore peu important et je ne suis pas sĂ»re que les projets retenus soient les bons. Notre projet liĂ© au Samu, on a dĂ» le dĂ©poser deux fois car les dĂ©cideurs avaient du mal Ă croire que ça pouvait marcher ou ne comprenaient pas forcĂ©ment lâenjeu. Justement, essayons !
Dans cinq ans, je ne suis pas certaine que beaucoup de choses auront changĂ©. LâĂ©volution mĂ©dicale est lente. On a encore des gĂ©nĂ©rations qui ont du mal Ă taper Ă l'ordinateur avec plus de deux doigts. Il faudra, je pense, attendre un changement gĂ©nĂ©rationnel et certaines Ă©volutions technologiques. Et surtout, de la validation scientifique pour faire adhĂ©rer parfaitement le corps mĂ©dical.
(On se retrouve mercredi prochain pour un dernier Ă©pisode avec lâĂ©crivain Laurent Gounelle)
UN MOT DE NOTRE CHAĂNE YOUTUBE
Gabriel est lâun des meilleurs français Ă GeoGuessr, ce jeu qui consiste Ă retrouver un endroit hyer prĂ©cis sur la planĂšte Ă partir dâune simple photo. Au fil du temps, il est aussi devenu crĂ©ateur de contenus. Aujourdâhui, la diffusion et les audiences de ses parties en ligne lui permettent de vivre financiĂšrement. On est allĂ© le rencontrer pour quâil nous raconte son histoire. Câest Ă voir sur notre chaĂźne YouTube.
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