đ Hello, on vous emmĂšne tout lâĂ©tĂ© aux frontiĂšres de lâintelligence artificielle. Quatre personnalitĂ©s racontent leurs expĂ©riences, leurs craintes, leurs espoirs, leurs rapports avec cette rupture technologique dont on peine encore Ă mesurer lâimpact. Aujourdâhui, Romain Teyssonneyre, directeur technique Ă TAT Studio qui produit des films dâanimation, nous explique le chemin quâil reste aux IA Ă parcourir avant de supplanter la crĂ©ativitĂ© humaine.
â OĂč lâon apprend que lâIA nâest pas trĂšs douĂ©e pour dĂ©pouiller des scĂ©nariosâŠ
đ§š Au programme : 1 255 mots pour 4 minutes de lecture. Enjoy ! David.
Les As de la jungle, Pil, Pattie et la colĂšre de PosĂ©idon⊠Tous ces hits, ce sont eux. Et ce sont eux aussi qui produiront la prochaine sĂ©rie AstĂ©rix rĂ©alisĂ©e par Alain Chabat. Les Toulousains de TAT Studio sont devenus en quelques succĂšs un des poids lourds de lâanimation mondiale.
On a eu envie de savoir si leur maniĂšre de crĂ©er Ă©tait dĂ©jĂ impactĂ©e par les IA gĂ©nĂ©ratives. Romain Teysonneyre est directeur technique Ă TAT depuis 15 ans. Son boulot, câest de maĂźtriser toutes les questions techniques qui jalonnent la production dâun film dâanimation : comment les artistes vont crĂ©er leurs images, quels sont les logiciels quâils vont utiliser, comment ils vont s'Ă©changer les donnĂ©esâŠ
Alors, toutes les questions liĂ©es Ă lâintelligence artificielle, il les surveille de trĂšs prĂšs, car cette rupture technologique est de nature Ă bouleverser toute sa chaĂźne de crĂ©ation.
Il nous explique pourquoi nous nây sommes pas encoreâŠ
Voici Ă quoi ressemble un film dâanimation vu de dos // @TAT
Comment vous avez vu surgir lâIA ?
Nous faisons de la veille technologique et de la veille artistique aussi. On suit beaucoup dâartistes et on regarde rĂ©guliĂšrement ce quâils sont capables de produire et comment ils le font. Et lĂ , depuis quelques annĂ©es, on sent vraiment la grosse poussĂ©e des IA gĂ©nĂ©ratives. Il y a plein d'outils assez intĂ©ressants, Midjourney, Dall E, qui permettent de voir que le niveau monte. Et ces derniers temps, devant le flot d'images gĂ©nĂ©rĂ©es par l'IA, câest devenu presque un jeu d'essayer de trouver ce qui est gĂ©nĂ©rĂ© par l'IA et ce qui reste fait Ă la main. On y arrive encore mais ça commence Ă ĂȘtre de plus en plus dur.
Est-ce que vous lâutilisez aujourdâhui au sein de TAT Studio ?
Pour lâinstant, nous avons trĂšs peu de rapports Ă l'IA. On utilise des outils du marchĂ©. On dĂ©veloppe un petit peu nos propres outils Ă nous, mais on fait trĂšs peu appel Ă l'IA. Et câest quelque chose qui fait peur aux artistes avec lesquels on travaille, les crĂ©ateurs, les dessinateurs, et mĂȘme les scĂ©naristes. La plupart dâentre eux craignent ces nouveaux outils, mais câest plus par mĂ©connaissance.
On utilise lâIA aujourdâhui pour des tĂąches trĂšs spĂ©cifiques, comme enlever le «bruit» dâune image. Mais ce nâest pas de lâIA gĂ©nĂ©rative. Câest davantage pour rĂ©soudre des contraintes techniques, ce qui nous permet dâaller plus vite ou de nous concentrer sur la valeur ajoutĂ©e, gagner du temps dans certaines tĂąches qui peuvent ĂȘtre un peu longues et fastidieuses.
Mais on ne va jamais vouloir minimiser le travail d'un graphiste ou le remplacer. Ce qui peut nous arriver par exemple, câest de lâutiliser pour gĂ©nĂ©rer des textures. On va lui demander « donne-moi une texture de brique ou une texture de mur sale ». Ensuite, on va utiliser cette texture Ă la main pour fabriquer une maison ou des murs.
On a essayĂ© de demander Ă une IA de nous faire le travail de dĂ©pouillement, qui consiste Ă dĂ©compter dans un scĂ©nario le nombre de personnages par sĂ©quence, le nombre d'accessoires, de dĂ©cors, ce genre de choses. Câest un humain qui fait ce travail. Et quand on lâa fait faire par une IA, ce nâĂ©tait pas trĂšs pertinent, il fallait corriger derriĂšre.
C'est pourtant ce qu'on attend des machines, quâelle nous accĂ©lĂšre des tĂąches rĂ©barbatives et sur lesquelles nous, ĂȘtres humains, avons peu de plus-value et que nous restions Ă la crĂ©ation et Ă l'organisation des choses.
UN MOT DE NOTRE SPONSOR
Sherpai, le guide IA pour atteindre les sommets des rĂ©seaux sociaux. Toutes vos donnĂ©es issues des rĂ©seaux sociaux au mĂȘme endroit. Lâintelligence artificielle pour les interprĂ©ter.
La crainte des artistes dâĂȘtre remplacĂ©s par lâIA vous semble-t-elle justifiĂ©e ?
Probablement. Je pense que d'ici quelques annĂ©es, on pourra convertir une vidĂ©o en animation. Et ensuite, l'animateur n'aura plus Ă animer, mais seulement Ă corriger le travail de lâIA. De mĂȘme, aujourdâhui, nous faisons toutes les animations labiales des dialogues de nos personnages. Peut-ĂȘtre que demain, juste en injectant le son d'un acteur, notre personnage parlera tout seulâŠ
Mais est-ce que c'est vraiment ce qu'on veut ? Je ne suis pas sûr. En tout cas, nous, ça ne nous fait pas envie et nous ne sommes pas demandeurs de telles évolutions.
On a essayĂ© de rassurer les artistes, notamment par rapport aussi Ă l'Ă©thique de l'entreprise. Ce n'est pas quelque chose qu'on veut faire, en tout cas sur les cinq, dix prochaines annĂ©es. Peut-ĂȘtre que d'ici lĂ , ça changera, mais pour l'instant, ce n'est pas le cas.
« Dessine-moi un tigre et un rhinocéros » // @TAT
Comment vous faites de la veille sur ce sujet-lĂ ? Qu'est-ce que vous surveillez particuliĂšrement ?
Pendant six mois, un ingĂ©nieur nous a fait une tour dâhorizon de tout ce qu'il serait possible de faire autour de lâIA. Il nous a mĂȘme installĂ© des modĂšles et il les a nourris avec nos images Ă nous. Le rĂ©sultat Ă©tait assez peu concluant. Par exemple, il a injectĂ© tout un film dans Dall-E et on ne pouvait pas lui demander de sortir des images Ă partir de ça. CâĂ©tait trĂšs peu qualitatif. Nous, notre truc, c'est de contrĂŽler parfaitement ce qu'on fait. Chaque image, au final, est vue et revue par des dizaines de personnes et validĂ©e.
Nous allons ĂȘtre obligĂ©s de faire cet exercice dâoverview rĂ©guliĂšrement, ça Ă©volue tellement vite, câest difficile Ă suivre. Il nous faudrait quelquâun Ă plein temps, mais on a envie dâinvestir ailleurs pour le moment.
Vous faites des films dâanimation qui sont des hits mondiaux. Est-ce que vous sentez une pression particuliĂšre vis-Ă -vis de l'Ă©tranger ?
Je ne sens pas encore une pression, non. Je ne sais pas s'il y a des studios qui ont officialisĂ© le fait qu'ils allaient travailler avec de lâIA. Si ça se fait, ça doit ĂȘtre discrĂštement parce que les artistes restent frileux.
Ă quelles conditions lâIA pourrait devenir un outil intĂ©ressant pour vous ?
On attend que l'IA soit intĂ©grĂ©e dans les logiciels quâon utilise pour que ce soit un peu plus « user friendly » pour nous, que ce soit directement intĂ©grĂ© pour pouvoir gĂ©nĂ©rer des choses.
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